Free semble avoir (encore une fois) parfaitement réussi son coup de communication. En lançant très discrètement le blocage des publicités par défaut depuis la Freebox Révolution, l’opérateur a créé un véritable tsunami qui est venu le secouer le secteur et qui est remonté jusqu’au gouvernement.

Pour beaucoup, ce blocage a pour objectif de peser sur les négociations de Free avec Google au sujet des délicats accords d’interconnexion qui agitent le secteur actuellement.

Autrement dit, montrer les muscles face au moteur et l’attaquer au portefeuille publicitaire pour l’obliger à payer pour l’utilisation de son réseau notamment pour des services très gourmands comme YouTube.

En frappant la publicité, Free touche directement Google, qui est l’une des premières régies publicitaires sur Internet. Le nouveau dispositif de Free qui compte plus de 5 millions d’abonnés lui ferait perdre « jusqu’à un million d’euros par jour », estime un spécialiste.

Méthode osée, résultat efficace

Maintenant que le message est bien passé et que le trublion a démontré que le rapport de force n’est pas si favorable à Google et que le risque existe, Free s’apprêterait à faire machine arrière. Selon Stéphane Soumier de BFM Business, « tout rentrera dans l’ordre dimanche soir/lundi matin », citant des sources proches du dossier.

Une autre source l’a confirmé à l’AFP : le déblocage se fera « dans les jours qui viennent ».

La méthode est encore une fois osée. « Sortir ça sans l’annoncer, dans un contexte tendu voire belliqueux entre
Free et Google, sans expliquer ce que ça fait, et en l’activant par
défaut, c’est une méthode de voyou. Ce n’est pas nouveau, ils sont
coutumiers du fait. Si c’est fait pour faire plier Google dans une
négociation en cours sur le financement des interconnexions privées,
c’est tout simplement du racket », tonnait Benjamin Bayart, président de FDN (French Data Network).

Mais le résultat est efficace. Ainsi, la réunion entre les éditeurs, les régies publicitaires, Free et Fleur Pellerin ce lundi matin risque d’aborder assez rapidement le sujet de ce blocage et des conséquences financières sur les éditeurs de sites. Mais bien les problèmes d’interconnexions.

« S’il y a une négociation en cours entre Free et Google sur le partage de la valeur, c’est de cela dont nous allons parler », a-t-elle d’ailleurs indiqué au Figaro.

Et de poursuivre : « il y a aujourd’hui de vraies questions sur la répartition de la valeur entre les fournisseurs de contenus, notamment vidéo, qui consomment beaucoup de bande passante, et les opérateurs. Aux États-Unis, des accords payants confidentiels auraient déjà été signés avec certains opérateurs. En France et en Europe, il nous faut trouver des modalités plus consensuelles d’insertion des géants du Net dans les écosystèmes nationaux. L’initiative de Free met bien en lumière l’actualité de ce sujet ».

« Nous n’avons pas à être les otages de la guéguerre entre Free et
Google », s’est insurgé un éditeur interrogé par Le Figaro. C’est pourtant bien ce qui s’est passé.

Mais si le déblocage se confirme, ces éditeurs éviteront au moins d’avoir la paradoxale mission de défendre Google contre Free alors que dans le même temps, ils sont engagés un violent bras de fer contre le moteur au sujet de la rémunération des contenus de presse…

Source:ZDNet News