Fidèle à son habitude, Free a secoué le cocotier en incluant dans la dernière mise à jour de sa Freebox Révolution, une fonction qui bloque par défaut les publicités affichés sur les sites Web.

Si l’idée de proposer aux abonnés un ‘adblocker’ n’a rien de choquant en soi, le fait de l’activer par défaut suscite une grosse polémique où se mêlent choix des abonnés, modèles économiques des sites, neutralité du réseau, neutralité des opérateurs et entrave à l’activité économique d’un tiers…

Sur la toile, les experts des réseaux et du Web en général se perdent en conjectures, applaudissent ou s’enflamment contre la décision de Free.

Pour Benjamin Fayart, président de French Data Network (FDN), la méthode est douteuse. « J’ai toujours trouvé la publicité en ligne beaucoup trop invasive
(encombrante, bruyante, etc), c’est pourquoi j’installe toujours
AdBlock. Du coup, si j’étais abonné chez Free, je trouverais sans doute
le service agréable, et l’activerais probablement », écrit-il sur le blog de l’association.

Montrer les muscles face à Google

« Reste que de
sortir ça sans l’annoncer, dans un contexte tendu voire belliqueux entre
Free et Google, sans expliquer ce que ça fait, et en l’activant par
défaut, c’est une méthode de voyou. Ce n’est pas nouveau, ils sont
coutumiers du fait. Si c’est fait pour faire plier Google dans une
négociation en cours sur le financement des interconnexions privées,
c’est tout simplement du racket ».

La piste de la pression sur Google, au moment où les négociations au sujet des problèmes d’interconnexion entre Free et certains géants du Web comme YouTube semble en effet tenir la corde.

Pour les Echos : « Un peu facétieux en esprit, un peu cow-boys dans la méthode, ils [les équipes de Free, NDLR] semblent avoir engagé un bras de fer avec Google afin d’accélérer les négociations. Selon nos informations, il y a une dizaine d’année déjà, Free avait réglé un conflit de peering avec Orange en utilisant des pressions de ce type. Comme le bloqueur de publicité n’est qu’en version « beta », il est encore facile d’enclencher la marche arrière pour Free si un accord est trouvé ».

Un avis partagé par le président de FDN : « La mesure semble viser Google principalement, et semble donc destinée à nuire à Google plutôt qu’à satisfaire le consommateur. »

Concernant l’impact de cette décision sur la neutralité des réseaux, de nombreuses associations soulignent que le Web est un ensemble de contenus dont l’accès doit être le même pour tous, y compris pour la publicité.

Benjamin Fayart se veut néanmoins prudent : « Pour moi, il est évident que non, ce n’est pas une atteinte à la neutralité des réseaux. D’abord parce que le filtrage n’est pas fait par le réseau, mais par un équipement de périphérie. Les abonnés qui utilisent leur propre modem ADSL, en lieu et place du Frinitel officiel [la Freebox, NDLR], ou ceux qui utilisent tout simplement une version plus ancienne, ne sont pas touchés. Ce n’est pas le réseau qui filtre ».

Une atteinte à la neutralité « acceptable » ?

Et de poursuivre : « Cette atteinte est-elle acceptable ? Oui, c’est acceptable, parce que c’est sous contrôle de l’utilisateur ».

Dans un ton beaucoup plus ironique, Korben, blogueur spécialisé que l’on ne présente plus, lance sur son blog : « C’est donc debout et des deux mains que j’applaudis la sage décision de Free d’intégrer dans sa box un bloqueur de publicité ».

Mais là encore, l’impact sur la neutralité est clairement dénoncé « Free impose sa loi en modifiant un concept cher à tous ces abrutis de barbus : la neutralité des réseaux. En effet, quoi de plus con et utopique de vouloir un Internet neutre où les intermédiaires techniques ne modifieraient pas les paquets ou ne bloqueraient pas certaines requêtes DNS… »

Et l’inquiétude n’est pas loin : « Si vous acceptez d’être chez un FAI qui commence à prendre certaines largesses avec le contenu que vous consultez sur le net ou vos requêtes, c’est votre choix. Je me demande juste ce que sera la suite… Bloquer les sites des concurrents ? Mettre de la pub made in Free partout ? L’avenir nous le dira…

Enfin, un tel blocage, s’il se confirme risque bien de remettre en cause le modèle économique de nombreux sites Web, dont le financement est assuré par la publicité.

Pour Frédéric Montagnon (co-fondateur et Directeur de la Stratégie de Ebuzzing, et ancien président d’OverBlog) : « On peut difficilement admettre qu’un FAI ait la liberté de modifier une chaine de valeur en dénaturant l’information qu’il véhicule, ne trouvez vous pas ? Vous allez me dire que cette option peut être désactivée… mais combien comprendront ce que cela signifie ?

Cette fois il s’agit de couper des publicités, mais pourquoi pas, prochainement les remplacer par d’autres, et en prendre le revenu ? Voyez-vous le lien que l’on peut faire avec le téléchargement illégal ? Free est en train de dire au marché, pour créer un avantage concurrentiel: venez chez moi, ça sera gratuit et sans pub ».

Source:ZDNet News