Suivre @JeromeMarinSF

Moins de deux mois après sa nomination à la tête de Microsoft, début février, Satya Nadella imprime déjà sa marque. Lors d’une conférence de presse organisée jeudi 27 mars à San Francisco, sa première intervention publique depuis sa prise de fonction, le nouveau directeur général du géant américain a officialisé la rupture stratégique avec son prédécesseur, Steve Ballmer, en poste pendant quatorze ans.

Symbole de ce tournant: l’arrivée de la suite bureautique Office de Microsoft sur l’iPad – que M. Ballmer ne souhaitait pas avant la sortie d’une version optimisée pour le tactile sous Windows 8, qui n’a toujours pas été lancée. Dès aujourd’hui, Word, Excel et PowerPoint, logiciels bien connus de tous les utilisateurs de PC, sont accessibles sur la tablette d’Apple, l’un des principaux rivaux de Microsoft. « Office est disponible sur Mac depuis vingt ans », a rappelé M. Nadella. Mais il ne l’était jusque-là que sur les tablettes équipées de Windows, le système d’exploitation maison.

« Nous voulons qu’Office soit accessible partout, a indiqué M. Nadella. Sur PC, sur tous les téléphones, sur toutes les tablettes. » Un responsable de la société a confirmé qu’une version Android, le système d’exploitation mobile de Google qui équipe la majorité des terminaux mobiles vendus dans le monde, sera bientôt lancée.

Quelques heures après leur mise en ligne, les trois applications de la suite Office étaient déjà les plus téléchargées sur l’AppStore, le magasin en ligne d’Apple. Leur téléchargement est gratuit. Mais un abonnement à Office 365, la suite logicielle en ligne de Microsoft, est requis pour profiter de toutes les fonctionnalités. Sans ce dernier, l’utilisateur ne peut que consulter les documents mais ne peut pas les éditer. Office 365 coûte 100 euros par an pour les particuliers. Pour les entreprises, les forfait débutent à 60 euros.

L’ÉCHEC DE STEVE BALLMER

Ce revirement met en évidence l’échec de M. Ballmer. Ce dernier considérait l’exclusivité d’Office comme l’un des principaux arguments de vente des tablettes sous Windows. Il espérait convaincre les entreprises, de plus en plus nombreuses à s’équiper d’iPad ou de terminaux Android. Et ainsi compenser la baisse des ventes de PC. L’argument n’a pas convaincu : en 2013, le système d’exploitation de Microsoft n’a capté que 2,1 % du marché mondial des tablettes, selon les estimations du cabinet Gartner.

A lire également
Les émouvants adieux de Steve Ballmer, patron aussi exubérant que décrié de Microsoft

Au contraire, la stratégie de la firme de Redmond (Washington) a favorisé les services concurrents de Google et d’Apple. Elle a aussi favorisé des solutions alternatives, comme les applications Evernote, Quip ou encore Quickoffice – rachetée depuis par Google. Les professionnels ont dû s’adapter à cette absence. Une menace croissante pour l’activité de Microsoft.

« Microsoft a voulu montrer aux entreprises qu’il demeure un partenaire essentiel, qu’elles utilisent ou non des terminaux sous Windows », analyse Carolina Milanesi, du cabinet Kantar Worldpanel. La société a ainsi dévoilé de nouveaux outils pour les directions informatiques, leur permettant de gérer l’ensemble des plates-formes mobiles. C’est l’un des services qui fonctionnent encore chez le canadien BlackBerry.

S’ADAPTER À « LA RÉALITÉ DU MARCHÉ »

« Ce n’est qu’un premier pas dans notre stratégie, assure M. Nadella. Nos applications et services doivent être disponibles partout. » Il rompt ainsi avec la politique de la précédente direction, trop longtemps préoccupée à préserver ses activités historiques, comme Office et Windows, au lieu de répondre aux évolutions des usages. Le nouveau patron assure vouloir s’adapter à « la réalité du marché ». Et il entend faire de Microsoft, souvent critiqué pour sa lenteur, « la société qui innove sur les marchés où elle est en retard ».

M. Nadella veut concentrer ses efforts sur le mobile et le cloud computing (l’informatique dématérialisée). « Ce sont deux aspects d’une même évolution, explique-t-il. Le mobile sans le cloud est limité. Le cloud sans le mobile est sous-exploité. C’est à l’intersection des deux que se produit la magie. Et c’est aussi une incroyable opportunité de croissance pour notre entreprise ».

M. Nadella a prouvé qu’il était prêt à bousculer les lignes. A plus long terme, cela passera par une évolution du modèle économique de Microsoft, des licences d’utilisation de logiciels vers la fourniture de services. « Windows reste un pilier », assure-t-il. Mais assurément moins qu’auparavant.

A lire également
Et si Windows devenait gratuit ?

Photo: Microsoft

Signaler ce contenu comme inapproprié

Source Article from http://siliconvalley.blog.lemonde.fr/2014/03/29/comment-satya-nadella-veut-transformer-microsoft/
Source : Technologies : Toute l’actualité sur Le Monde.fr.