Le patron de Foxconn, Terry Gou, s’exprime lors d’une conférence de presse au siège de sa société, dans le district de Tucheng (Taïwan), le 12 mars. Le patron de Foxconn, Terry Gou, s’exprime lors d’une conférence de presse au siège de sa société, dans le district de Tucheng (Taïwan), le 12 mars. SAM YEH / AFP

Chronique « Pertes profits ». Terry Gou va prendre sa retraite. Pour ceux qui ne le connaissent pas, il est l’un des plus grands industriels au monde et le symbole d’une certaine Chine, celle que l’on a appelée « l’atelier du monde ». A 68 ans, Terry Gou veut prendre du champ. Et, pour faire comprendre que les temps changent, ce patron d’une discrétion absolue, à la tête d’une fortune de plus de 5 milliards de dollars (4,4 milliards d’euros), a annoncé que sa société, Foxconn, le premier sous-traitant électronique mondial, allait désormais produire des iPhone d’Apple dans son usine de Madras (ou Chennai, sud de l’Inde).

Et pas des vieux modèles, mais les derniers-nés de la firme à la pomme. L’événement est d’importance, car les iPhone X étaient jusqu’à présent fabriqués presque exclusivement dans les usines géantes du groupe en Chine. Celle de Shenzhen fait 22 kilomètres carrés de superficie. Une « cité interdite » de plus de 300 000 âmes, avec ses logements, ses magasins et ses sites de production.

Foxconn est le premier employeur privé de Chine (plus de 1 million d’employés), et le principal sous-traitant d’Apple. Taïwanais d’origine, Terry Gou avait quitté son île et s’était installé dans le delta de la rivière des Perles au tout début de l’ouverture chinoise, en 1989, pour profiter des salaires imbattables.

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Aujourd’hui, la paye indienne est trois fois plus faible que celle en vigueur à Shenzhen. Alors Terry Gou déménage. Pas uniquement pour les coûts, mais aussi pour se rapprocher des marchés. Apple veut se renforcer en Inde, un marché qui croît de près de 20 % par an, alors que la Chine est déjà saturée de smartphones. Et puis la fabrication sur place permet d’économiser les droits de douane indiens de 20 % et d’espérer pouvoir y implanter des magasins Apple Store.

Comme tous les Taïwanais, M. Gou n’est pas un fervent nationaliste chinois. Il va là où ses intérêts le guident. Et il a compris que le temps de « l’atelier du monde » était fini. Il place donc ses usines en Inde, mais aussi dans le reste de l’Asie, en Europe, au Brésil et même aux Etats-Unis. Il en possède une trentaine dans le monde.

Comme avant ses voisins du Japon, de Corée, de Taïwan ou de Singapour, la Chine voit fuir ses usines vers des pays moins coûteux ou plus proches des lieux de consommation. La guerre commerciale avec les Etats-Unis accélère la bascule. Un mouvement naturel donc, que Terry Gou amorce discrètement, comme il l’a toujours fait, lui qui, à l’âge de la retraite, est persuadé d’avoir encore tout l’avenir devant lui.

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