Michel-Edouard Leclerc, dans son bureau, le 6 décembre 2007 à Ivry-Sur-Seine.A Neoma, la rentrée 2018 est placée sous le signe de « l’utilité sociale des entreprises ». A l’ESCP Europe, on parlera « gouvernance », « stratégie de croissance », « autonomie financière »…

Ce n’est sûrement que l’effet du hasard, mais ces deux écoles ont au moins un point commun : elles sont présidées par des chefs d’entreprise en exercice. Michel-Edouard Leclerc pour Neoma, école née de la fusion des ESC Rouen et Reims en 2013 ; Philippe Houzé, président du groupe Galeries Lafayette, pour l’école parisienne – une école qui a créé une chaire en 2016 avec… les Centres E. Leclerc !

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Bruno Bonnell, l’indompté de la macronie

Que les écoles de management recrutent des manageurs au sommet, quoi de plus banal ? L’EM Lyon a bien à la tête de son conseil d’administration Bruno Bonnell, cofondateur d’Infogrames, patron star de la capitale des Gaules et désormais élu macroniste.

« La formation est devenue un enjeu stratégique voire vital pour notre pays, argumente Michel-Edouard Leclerc. Dans un monde qui n’a de cesse de se réinventer, les entreprises ont besoin de compétences fortes, de leadership et de sens de l’innovation, et ce sont les étudiants qui portent en eux cette promesse. » Lui-même est diplômé d’une université mais ses quatre enfants ont tous opté pour de grandes écoles (Edhec Lille, EM Lyon, ESCP Londres et Sciences Po Paris). « Depuis que je suis sorti de la Sorbonne [en 1978], je me rends compte du déficit d’échanges entre le système d’enseignement et les entreprises », soupire « MEL ».

Tutelle

Un constat que son confrère et concurrent Philippe Houzé ne peut que partager. Pour autant, le président « non exécutif » de l’ESCP Europe ne serait « pas acheteur » d’une telle entreprise, alors même qu’elle va devoir chercher de nouveaux actionnaires pour s’affranchir, d’ici à 2021, de la tutelle de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de la région Paris-Ile-de-France.

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« Un exercice de transparence s’impose à Michel-Edouard Leclerc »

La plus ancienne école de commerce de France – elle fêtera ses 200 ans en 2019 – est certes une icône de la Ville Lumière, comme les Galeries Lafayette, mais « sa valeur n’est pas encore au niveau que j’imagine » – pour la vendre, pas pour l’acheter… « Prouver sa valeur sans trahir ses valeurs », tel est l’enjeu, selon lui. Avis aux « fonds d’investissement actifs dans l’éducation » qui convoitent déjà, dit-il, l’ESCP Europe…

« Introduire les humanités »

Quant au contenu des programmes, officiellement, les deux patrons n’ont pas voix au chapitre dans leurs écoles respectives. Officiellement… En réalité, l’un comme l’autre ne se privent guère de dire leur mot – voire leur fait – aux enseignants et aux étudiants. « J’ai introduit les humanités dans les programmes de Neoma », assume Michel-Edouard Leclerc. « Je n’y interviens pas mais je m’y intéresse… », esquive Philippe Houzé.

Le premier n’entend pas « tout laisser à la finance ». A Neoma, outre les « humanités », a été introduit un Bachelor in Retail Management (consacré à la gestion de la grande distribution)… « A l’heure de la révolution numérique et de l’émergence de nouvelles offres de service, toutes les enseignes du commerce doivent repenser leur légitimité et leur avenir », justifie le patron des Centres E.Leclerc.

Le second conclut, mi-lyrique mi-ironique, en citant… un autre grand patron, Satya Nadella, le CEO de Microsoft : « I’m a learner ».

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