Au cours des annes 90 et jusqu’ la moiti des annes 2000, les jeux de rles japonais de qualit sortir sont lgion et il est communment admis que cette priode de dix / quinze ans constitue leur ge d’or. Et c’tait sans compter toutes ces curiosits qui, si elles atteignaient le territoire de nos chanceux amis d’outre-Atlantique, ne venaient que rarement nous visiter si elles n’avaient pas le luxe de faire figurer sur leur jaquette des noms retentissants tels que Dragon Quest, Final Fantasy ou bien Pokmon. Le genre tant depuis longtemps install dans le coeur des joueurs occidentaux, voil que des titres qui se refusaient autrefois nous se mettent dsormais nous faire la cour. Paru l’poque uniquement sur les Super Famicom japonaises donc, le dernier pisode de la trilogie SaGa (aprs Romancing SaGa 2 il y a deux ans) parat en cette fin d’anne chez nous, par de ses plus beaux atours pour faire craquer les joueurs frus de RPG d’antan.

Mais Romancing SaGa, c’est quoi au juste ? La srie dbute en 1989 avec l’pisode Makai Toushi SaGa, cens tre un pendant plus light la srie Final Fantasy sur la toute frachement arrive Gameboy de Nintendo. Suivront deux autres pisodes, tous appels d’ailleurs Final Fantasy Legend au pays de l’oncle Sam. La srie s’oriente ensuite vers la Super Famicom mais n’aura pas, cette poque, les honneurs d’une sortie amricaine : Romancing SaGa aura galement droit trois pisodes, indpendants les uns des autres.

Le jeu arbore de trs belles couleurs.De l’clipse aux ellipses

Six-cent ans avant le commencement de notre histoire, le monde est tmoin de l’clipse d’une toile noire provoquant l’ouverture des Portes de l’Abysse et entranant mort et dsolation sur la plante. Trois sicles plus tard, le phnomne se produit de nouveau mais cette fois-ci, la Matriarche s’lve contre l’Archfiend et apporte la paix sur le monde. Une nouvelle clipse s’apprte donc frapper tandis que l’on prsage de l’avnement d’un Enfant de la Destine cens radiquer le mal.

Une maldiction sculaire, une menace imminente, un enfant lu… Pas de doute : on nage bien en terrain connu. Aprs une introduction prsentant le background du jeu, et si on n’opte pas pour Mikhail ou Katarina (j’y viendrai), on se retrouve dans une auberge o un groupe de cinq voyageurs dcide de venir en aide Monika, soeur du rgent local en mauvaise posture. Et… c’est tout. On n’a pas vraiment d’explications sur ce qui pousse ces personnages lui venir spontanment en aide, ni mme concernant leur provenance, ce qu’ils s’apprtaient faire ou qui ils sont les uns pour les autres.

Les scnes s’enchanent ensuite, avec quelques combats entre, et l’on est ballott d’une ville l’autre sans qu’il y ait vraiment de temps mort : les ellipses sont nombreuses, surtout au dbut du jeu. la fois spatiales (on se retrouve souvent catapult d’une ville une autre) mais galement temporelles, ces raccourcis droutent le joueur, qui n’a pas encore eu le temps de s’attacher aux personnages. Heureusement, les dialogues sont de trs bonne facture et permettent petit petit de se faire une ide du caractre de chacun, mme si leurs motivations demeurent assez floues tout au long de l’aventure (sauf pour Monika, Mikhail et Khalid, les personnages les plus caractriss). Ah et au fait : dialogues de qualit oui, mais dialogues en anglais.

La carte se dvoile peu peu.Octopath Wanderer

Ds le dbut de l’aventure, il nous est demand de choisir notre personnage principal parmi les huit disponibles : Thomas, Monika, Khalid, Mikhail… De ce choix dpendra forcment le droul de l’intrigue et notamment du dbut de l’aventure. Ainsi, si l’on opte pour Julian, on se retrouve protger Monika tandis qu’avec Mikhail, le joueur doit mener une campagne militaire avec des affrontements entre bataillons, un peu la manire des batailles des deux premiers Suikoden. En plus des huit protagonistes, il sera galement possible de recruter d’autres personnages au gr de nos prgrinations, en fonction des qutes que l’on souhaitera mener, pour un total de six hros max dans l’quipe.

Ainsi, aprs deux premires heures trs dirigistes, le titre s’ouvre compltement pour laisser libre cours l’exploration du joueur. En ce sens, la structure gnrale de ce Romancing SaGa 3 s’apparente davantage celle d’un jeu de rle occidental qu’ celle d’un JRPG classique dans lequel l’aventure vient au joueur. Ce dernier doit donc chercher, se renseigner auprs des PNJ des diffrentes villes pour pouvoir avancer dans sa qute : chaque vocation d’un lieu rend disponible son exploration sur la carte. D’ailleurs, les personnages ne se dplacent pas sur celle-ci, comme sur la plupart des titres du genre l’poque, mais dsignent le lieu dans lequel ils souhaitent se rendre pour s’y tlporter automatiquement. Cela renforce ce sentiment d’ellipse voqu plus tt : l’exploration est rduite celle des villes et des donjons.

Cette grande libert de mouvements permise si tt dans l’aventure s’accompagne de cette impression, assez persistante, de tourner en rond sans trop savoir quoi faire. Au fil des discussions avec les PNJ, le joueur accumule ainsi les mini-qutes (dont les rsums sont accessibles via le menu) sans rellement savoir o commencer chercher : il doit retrouver un amour perdu, se dbarrasser d’une crature qui menace un village, mettre mal une organisation criminelle ou bien apporter des marchandises d’une ville l’autre pour quelques Aurums (la monnaie locale). Les enjeux ne sont jamais vraiment clairs et l’errance est au rendez-vous. Selon Akitoshi Kawazu, ralisateur du jeu original et de ce remaster, l’influence est chercher du ct des vnrables sries Ultima et Wizardry, computer-RPG fondateurs du genre et qui placent la libert du joueur au centre de l’exprience.

Certains dialogues sont savoureux.En formation

Lors de l’exploration d’un donjon (grotte, cachot, fort de brigands…), les ennemis sont visibles aux yeux du joueur. Ou plutt… ils apparaissent par intermittence. trange survivance de la version Super Famicom, les sprites des ennemis disparaissent quand le personnage se met courir, ne laissant que leur ombre derrire eux. Cela rend chaque tentative d’esquive des ennemis plus amusante.

Les combats en eux-mmes versent dans le classique : ennemis gauche, groupe de cinq personnages max droite. Le joueur dsigne une commande pour chacun d’eux puis toutes les actions se droulent. Une petite variation change la donne tout de mme : les HP sont restaurs la fin de chaque combat. Le joueur peut donc se lancer corps perdu sur l’ennemi sans oublier pour autant que les LP (pour Life Points), eux, ne sont pas restaurs. Chaque fois que la sant d’un perso arrive zro, celui-ci perd un LP et continue d’en perdre si un ennemi s’acharne sur sa pauvre personne inconsciente. Si par malheur, le personnage n’a plus de LP, il disparat de l’quipe et devra tre de nouveau recrut ultrieurement. Les personnages peuvent regagner tous leurs LP l’auberge (contrairement Romancing SaGa 2) mais chaque exploration de donjon amne une petite dose de stress supplmentaire lie ce systme.

Dans le menu, le joueur peut opter pour une formation spcifique qui influera sur les statistiques en combat (la vitesse principalement). D’ailleurs, si chaque personnage dispose d’une arme de prdilection choisie au dbut de l’aventure (pe courte, sabre, bton, arc…), il peut s’quiper de n’importe laquelle, sachant que c’est l’usage qu’il augmentera son aptitude la matriser et donc faire des dgts avec. Outre les attaques simples, les personnages puisent dans leurs MP pour se servir de magies pouvant tre achetes des magiciennes en ville mais galement dans leurs SP pour les Skills. Ces aptitudes associes aux armes s’acquirent en combat, lorsqu’au moment d’effectuer son attaque, un personnage « a l’ide » d’utiliser une nouvelle technique. Tout ceci est donc assez alatoire et de faon gnrale, on peut regretter qu’il y ait un certain manque de visibilit quant la courbe de progression des personnages, qui n’engrangent d’ailleurs pas d’XP et de niveaux comme dans nombre de RPGs de cette poque.

Un conseil : fuyez !Tu veux voir mon 16-bit ?

Sorti en 1995, l’heure o nos petits pixels allaient peu peu se retirer au profit de gros polygones, le titre de Square s’en sortait dj trs bien et rivalisait mme avec un certain Chrono Trigger, paru la mme anne. Ce remaster ne renverse pas la table et ne fait que polir le matriau d’origine : les couleurs sont releves et les environnements retravaills, de mme que l’interface du menu et des fentres de dialogue, plus mobile-like. Des petits effets de lumire encadrent dsormais les affrontements,  rappelant la prsentation des combats dans le rcent Octopath Traveler.

Les musiques du jeu ont t retravailles galement, par le compositeur Kenji Ito lui-mme, mme si a ne saute pas forcment aux oreilles. Dcouvrant pour la premire fois les compositions d’Ito-san pour ce Romancing SaGa 3, je m’tonne que le bonhomme n’ait pas t davantage sollicit ces dernires annes. Ses partitions rappellent celles de Yasunori Mitsuda (c’est un compliment, vraiment), en particulier les morceaux relatifs aux villes.

Le titre conserve donc tout son charme d’poque, mme si on pourra regretter le manque de relles nouveauts vis–vis de la version Super Famicom (pour nous autres Europens de malheur, tout est une nouveaut ceci dit). Notons la prsence d’un incontournable New Game + ainsi que d’un donjon indit, le Phantom Maze, assez difficile dnicher d’ailleurs.

Source Article from http://www.gameblog.fr/tests/3552-romancing-saga-3-ps4-switch
Source : Gameblog